Canada : Une jeune camerounaise menacée d’expulsion

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La jeune Rose Eva, est menacée d’expulsion d’ici le 27 janvier 2020 malgré que son séjour se termine le 31 mars 2020. La raison ? elle aurait travaillé sans autorisation.

La complexité de la lois canadienne permet de travailler uniquement pendant ses études comme etudiant, ou après en ayant obtenu un permis de travail.

Cependant Rose qui devait terminer ses études le 20 décembre 2020, les a terminé plus tôt que prévu, soit le 17 septembre, avec une moyenne de 80%.

Libre, elle a donc eu la malheureuse idée d’aller travailler comme étudiante dans un magasin de lingerie en attendant la fin officielle de ses études le 20 décembre, et le changement de son titre de séjour le 31 mars, pour un nouveau statut, celui de travailleur.

Sauf qu’à sa grande surprise, la jeune fille est notifiée par les autorités d’un avis d’expulsion avec pour motif qu’elle a travaillé en décembre alors qu’elle n’était plus étudiante.

Malgré tous les recours possibles entrepris avec un avocat, Rose Eva devra quitter le Canada avant le 27 janvier prochain(lundi) à moins qu’elle obtienne par miracle une grace du premier ministre ou de l’immigration.

Une pétition a été lancée et a deja recueilli plus de 38.000 signatures en moins d’un mois
Lien pour signer la pétition : https://www.change.org/p/m-le-ministre-simon-jolin-barrette-rose-eva-doit-rester-parmi-nous

A noter aussi que la famille de Rose notamment sa mère car elle n’a plus son père, a investi plus de 40.000 dollars canadiens sur leur fille afin qu’elle poursuivre ses études au Canada. (environ 30.000 euro).


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« Je me sens vraiment impuissante. Tout ce que je peux faire, c’est attendre mon verdict », affirme Rose Eva. « Son attache est ici auprès de moi. Sa vie est ici au Québec, Je voudrais qu’elle ait un avenir. Elle a beaucoup de choses à apporter », soutient sa grande sœur, Fernande Messina.

Du Cameroun à Saint-Jérôme

En juillet 2017, Rose Eva quitte le Cameroun pour s’installer chez sa sœur, à Saint-Jérôme. L’objectif est simple: poursuivre ses études et parfaire ses compétences par le moyen d’une formation de bonne qualité dont elle n’avait pas accès dans son pays, pour ensuite faire profiter le Québec de ses qualifications en informatique, d’ailleurs hautement recherchées.

Fernande, âgée de 39 ans, décrit sa sœur comme étant travaillante et très intelligente. L’aînée a préalablement habité la France, puis s’est installée à Saint-Jérôme le 1er juillet 2014. « Quand j’ai quitté le Cameroun, elle [Rose Eva] était pratiquement bébé. Je prenais de ses nouvelles à distance. Elle a toujours eu de très bonnes notes. Elle est travaillante. Chez nous, il n’y a que le travail qui paye. »

Les études à temps plein et le travail à temps partiel

La formation de Rose à Teccart à Montréal débute le 6 septembre 2017 et devait se terminer le 20 décembre 2019. En parallèle, pendant sa scolarité, Rose Eva se trouve un travail à temps partiel dans un magasin de vêtements. « Le marché québécois pour moi était encore étranger à cette époque-là, donc je voulais m’en imprégner. Ce n’était pas une nécessité, mais c’était important pour moi parce que je voulais savoir comment ça fonctionne. »

Excellente élève, elle termine sa formation trois mois plus tôt que prévu, soit le 17 septembre 2019. Elle continue alors à travailler à temps partiel en attendant de se trouver un emploi dans son domaine d’étude. « J’ai fini en septembre au lieu de finir en décembre. Je pensais toujours être couverte par mon permis d’étude qui expirait le 31 mars 2020. C’était le temps des Fêtes; il fallait des gens sur le plancher. Je voulais aider, mais en aidant, ça m’a fait du tort parce qu’il y a eu de la confusion. »

L’avis d’expulsion

Le 28 décembre 2019, elle se rend à la frontière dans le but de pouvoir récupérer un permis post-diplôme lui permettant de travailler à temps plein dans son domaine. Lorsque l’agent lui demande si elle a travaillé suite à l’obtention de son diplôme, la Camerounaise répond en toute honnê-teté: oui « Je ne savais pas que j’étais hors la loi. ». C’est à ce moment qu’elle est informée du fait que dès ses études terminées, même si son permis d’étude était encore valide, elle aurait dû arrêter de travailler. « J’étais confuse parce que je ne maîtrisais pas cette technicalité-là. » Résultat: un avis d’expulsion daté du 7 janvier 2020. Cette journée-là, elle s’est présentée comme prévu au 1010 à Saint-Antoine où ils ont fixé une date pour l’expulsion, soit le 27 janvier 2020.

« C’est mal. Je le vis très mal», affirme Fernande. « C’est moi qui l’ai poussée à aller à l’école rapidement, à toujours travailler dur. Quelque part, je m’en veux. J’aurais peut-être dû la laisser évoluer au rythme normal. Ma petite sœur, elle a eu sa maîtrise au Cameroun elle avait 20 ans. Pour nous, c’était normal qu’on l’encourage. »

Chaque jour, Rose Eva faisait quatre à cinq heures de transport pour aller étudier à Montréal. « Je lui disais qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il vente, tu dois aller à l’école. Elle n’a jamais eu d’absence. Elle était parmi les meilleures. Je comprends la faute administrative. Je comprends qu’elle aurait dû savoir. Mais je me demande si on peut faire appel au côté humain et lui donner une deuxième chance ».

La bataille et les procédures judiciaires

Lorsque Rose Eva a appelé sa grande sœur de la frontière, le 28 décembre, elle tremblait de partout, raconte-t-elle. « La voyant entrer à la maison tellement abattue, je me suis dit qu’il faudrait que je me batte pour elle. Je voulais qu’elle se relève malgré l’épreuve. C’est ma philosophie. Lorsque tu tombes, tu te relèves et tu apprends de tes erreurs », souligne l’aînée.

C’est alors que celle-ci s’est mise à passer de nombreux appels. Elle contacte une vingtaine d’avocats. Finalement, Cheikh Sadibou Fall accepte d’écourter ses vacances de Noël afin d’épauler la jeune Rose Eva. « J’ai accepté le dossier parce que j’ai eu conscience d’une fille en détresse. Et je crois qu’elle méritait d’être accompagnée et représentée par un avocat pouvant l’aider à travers les procédures », affirme Maître Fall.

La première étape a été de déposer une demande de sursis aux agences de service frontalier afin de reporter la date du 27 janvier. La demande a été rejetée. Ensuite, l’avocat a déposé une requête en sursis de la décision de renvoi à la Cour fédérale. « Si le juge accepte notre demande, le renvoi sera suspendu jusqu’à ce que la Cour entende notre demande d’autorisation et de contrôle judiciaire qui a déjà été déposée depuis le 3 janvier. Si le juge refuse notre demande, le renvoi sera maintenu à la date du 27 janvier 2020, ce qui rendra difficile notre demande de contrôle judiciaire », explique l’avocat.

Nathalie Lasalle au cœur de la mobilisation

En parallèle, pendant le temps des Fêtes, la conseillère municipale de Saint-Jérôme, Nathalie Lasalle, est mise au courant de la situation. « J’ai commencé à cerner le dossier et je me suis dit que c’était ridicule. » Elle écourte ses vacances de Noël et rejoint le député de Rivière-du-Nord, Rhéal Fortin, qui s’est immédiatement rangé à la cause de la jeune femme.

« Comme société on dépense des millions pour essayer de convaincre les gens d’ailleurs de venir s’installer chez nous. Il y a quelqu’un qui s’installe chez nous, qui est parfaitement intégré, qui étudie à temps plein, et en plus, qui a des compétences recherchées au Québec. Et parce qu’elle a mal compris une directive et a travaillé plus qu’elle aurait dû, on va la retourner chez elle. Je trouve que c’est plus que maladroit, c’est contre-productif », déclare Rhéal Fortin.

Le député a notifié son opinion au ministre de l’immigration du Canada. Monsieur Fortin m’explique que ce dernier a affirmé qu’il se penchait sur le dossier; quelqu’un de son cabinet allait s’en occuper. « J’ai fait des démarches qu’on ne fait pas habituellement », affirme le député. « En politique, on doit défendre les règles de société qu’on s’est donné. Parfois, il faut faire preuve d’un peu de souplesse. […] Je pense que Rose Eva mérite de rester chez nous et on mérite de l’avoir. »

Pendant ces démarches de nature politique, Nathalie Lasalle a jugé qu’il était primordial de médiatiser l’affaire. Elle contacte alors le journaliste du Journal de Montréal, Stéphane Sinclair, dont l’article parait le 15 janvier dernier. « Je comprends qu’il y a des lois, mais ce qui me dérange, c’est que le côté humain ne soit pas respecté. […] C’est quelque chose qui vient me chercher; c’est pour ça que j’ai donné autant d’énergie à la cause », affirme la conseillère.

Les deux sœurs sont extrêmement recon-naissantes de l’appui qu’on leur donne. « Je suis très touchée par la mobilisation qui se fait autour de moi. Je n’arrive pas à croire qu’autant de monde porte ma cause », soutient Rose Eva.

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