Épisode 1 : Respect Yourself

Spread the love

 

Vous êtes vous déjà demandé comment apprendre à vos filles à s’aimer en tant que femme noire dans une société qui se veut parfois hostile?

Nous avions initialement prévu d’aborder ce sujet dans un article plus court. Mais il y a tellement d’enjeux, tellement à dire sur ce sujet.

Il y a tant à faire pour conduire nos filles à l’épanouissement en tant que femmes et encore plus en tant que “femmes noires”.

Une personne nous disait une fois avec ironie alors qu’elle cherchait un emploi en France : “J’ai tout ce qu’il faut pour ne pas réussir : “Je suis une femme, je suis jeune (entendons par là sans expérience professionnelle) et je suis noire”.

Dans cet épisode nous vous fournissons quelques clés ou principes à enseigner à vos filles.

Comme indiqué dans l’article d’introduction de la série que vous pouvez retrouver ici, nous nous appuierons sur des valeurs transmises dans des sociétés dites matriarcales.

1/ Apprendre à nos filles ce qu’est une femme

Les différences entre les femmes et les hommes ne résident pas seulement dans leur anatomie.

Ce n’est pas non plus que dans leur manière de penser que les deux sexes diffèrent.

Mais, par essence chacun a des traits, des fonctions et des rôles qui lui sont propres.

Ainsi, dans les sociétés matriarcales, les femmes sont considérées comme le commencement, celles qui donnent la vie. Mais aussi la femme est celle qui régule, pourvoie et en même temps représente la générosité.

De ce fait, ce type d’organisation sociétéal a pour point commun, de part le monde, le respect qu’elles accordent à la femme.

Ce respect va même dans certaines cultures jusqu’à la déification.

 

Pour quelle raison est-il intéressant de mettre l’accent sur cela?

Il est très important de rappeler ces principes à nos filles dans des sociétés dans lesquelles les femmes tendent à être considérées comme occupant une place inférieure à celles des hommes.

La femme doit apprendre à (ré)aimer ce qui fait qu’elle est femme : sa féminité.

L’amour de soi est un élément essentiel pour vivre une vie positive, et le respect de soi est un aspect vital de l’amour de soi. Plus on se respecte, plus on est capable de s’aimer soi-même. Et plus on s’aime, plus on est capable d’aimer les autres.

 

D’autre part, ce n’est qu’en s’instruisant ou en assimilant sur ce qu’elles sont et en apprenant à aimer ce qu’elles sont, que nos filles qui deviendront femmes, pourront s’épanouir et remplir leur “mission” dans leurs foyers et dans la société de façon plus générale.

Qu’entendons-nous par là?

Toutes les femmes sont assurément différentes. Et, les éléments que nous allons développer sont bien entendu à nuancer avec toute relativité.

Mais comme dans toute réflexion de ce type il n’est pas toujours évident de s’adresser en prenant en compte les particularités.

La femme a par nature ou dans son sein certaines dispositions qui apportent un équilibre personnel et dans son environnement. Il est selon nous, de toute importance que nous contribuons à véhiculer ou à encourager le développement de ces attributs chez nos filles.

Par exemple :

  • le sens des responsabilités, trait de caractère fort développé chez la femme. En effet, cette qualité permet de faire face avec beaucoup de courage, aux situations qui peuvent menacer son foyer ou son quotidien.
  • la douceur féminine et maternelle qui peut être d’une force surprenante. Elle englobe les valeurs suivantes: la délicatesse, la prudence, l’empathie, l’humilité. Grâce à ces prédispositions, la femme obtient généralement beaucoup plus de résultats positifs, sur le long terme. De même en utilisant ces atouts, la femme propose des solutions appropriées face à des problèmes très complexes.
  • La sensibilité qui permet à la femme de sentir les situations et faire preuve quand il le faut de politesse et d’obéissance.

Tant de valeurs si précieuses mais qui sont négligées dans les sociétés dites modernes.

De fait, on apprend aux femmes que pour réussir, devenir indépendantes, être respectées dans leur foyers, elles doivent développer davantage de force au sens “agressif” du terme. Dans un monde d’hommes, la femme doit se comporter comme un homme!

Comme le chantait James Brown : “This is a man’s world” (C’est un monde d’hommes).

 

Mais…

Le refrain de la chanson poursuit par : “it wouldn’t be nothing, nothing without a woman or a girl” (ce ne serait rien, rien sans une femme ou une fille).

Autrement dit, pour fonctionner correctement le monde a besoin de l’homme et tout ce qu’il représente d’une part. Et de manière concomitante, la société a besoin de la femme dans tout ce qu’elle est également et qui est propre à sa féminité.

Comment faire?

Une des méthodes principales, dans les cultures africaines, pour transmettre des valeurs sont les contes. Les contes ont tous un point en commun : ils transmettent aux enfants les valeurs de la vie et ont une fonction importante dans leur évolution psychologique. En effet, ils ont toujours une leçon de vie à en tirer.

Nous encourageons vivement les parents à recourir aux contes africains qui sont si riches et qu’on peut retrouver en abondance dans les réseaux sociaux.

Dans ce thème, voici un aperçu de quelques contes sur YouTube que nous avons appréciés et vous recommandons :

Vous pouvez également vous procurer des livres de contes sur des sites tels que la boutique africavivre : https://www.laboutiqueafricavivre.com/226-litterature-conte.

Cette liste est très loin d’être exhaustive et représentative. Nous sommes curieuses et impatientes de lire vos remarques, commentaires qui nous permettront certainement de découvrir plein de merveilles!

Nous vous encourageons à vous approprier ses contes et à les partager avec vos enfants, si-possible de les laisser lire seuls autant de fois que possible.

Ce qu’il y a de merveilleux avec les contes c’est qu’ils ouvrent la porte à l’échange. En fonction de son âge, l’enfant aura un niveau de compréhension différent, des questionnements et remarques qui peuvent devenir très enrichissant pour l’adulte et lui.

Bien entendu, nous accorderons une importance particulière dans le fait que le comportement que nous affichons soit cohérent avec le message que nous passons!

En effet, l’enfant assimilera mieux certaines idées s’il dispose d’un système de représentation et d’un modèle. Cela n’est d’ailleurs pas valable que pour les enfants…

Il convient tout d’abord qu’en tant que mères, grandes sœurs nous soyons nous mêmes exemplaires en ce sens.

Nous éviterons tout de même…

d’aborder la féminité uniquement par l’angle physique.

Il suffit de faire une petite recherche sur Google en tapant : “Comment développer sa féminité” pour se rendre compte que la plupart des articles abordent principalement le sujet sous l’angle maquillage et vêtements.

Cela contribue à renforcer la croyance commune à laquelle nous associons trop souvent le pouvoir féminin à quelque chose de négatif : séduction, volupté, audace quelquefois même cruauté.

Les médias contribuent à sexualiser la femme. Il convient donc que nous soyons très vigilantes par rapport aux messages véhiculés par les films, séries, clips vidéos que nos enfants regardent ou encore par les influenceur(se)s qu’elles suivent.

 

2/ Apprendre qu’une femme a des responsabilités

Autre chose que nous pouvons retenir de ces sociétés matriarcales est que les femmes, dès leurs plus jeunes âges, sont éduquées par les anciennes à comprendre l’honneur et les devoirs associés au fait d’être une femme.

En effet, les femmes dans ces sociétés sont celles qui détiennent le pouvoir économique, exercent des fonctions politiques. Comme nous le verrons dans un autre épisode de la série, ce sont aussi celles qui effectuent la plupart des travaux (notamment ceux de culture de la terre).

 

Pourquoi transmettre cela aux filles?

Tant que la fille qui deviendra femme ne prend pas conscience de qui elle est en tant que femme, elle ne sera pas non plus consciente de son importance pour l’équilibre d’un foyer ou plus largement de la société.

Nous inspirant des modèles matriarcaux, nous nous devons d’apprendre à nos filles à bâtir des foyers qui soient “l’incarnation de la femme elle-même, accordant protection et sécurité, partageant le pouvoir qu’à la femme de donner la vie et de nourrir ses habitants” (H. Goettner-Abendroth)

 

Comment fait-on? Concrètement…

Aujourd’hui il ne s’agit pas tant de réformer la société mais plutôt de rappeler à nos filles quel rôle essentiel elles occupent en tant que femmes, mères, épouses pour les foyers mais aussi pour la société.

Pour cela :

  • Apprenons à nos filles à aider les autres
  • Apprenons leur à s’occuper des autres en particulier des plus jeunes
  • Impliquons les dans l’organisation de projets familiaux (par ex un voyage, un déménagement, une fête, etc.)
  • Donnons leur le goût du travail pour apprendre à faire la différence entre une vie utile et productive et une vie oisive et gâchée
  • Apprenons leur à acquérir de bonnes habitudes
  • Enseignons leur à effectuer des tâches ménagères
  • Montrons leur comment gérer des finances
  • Échangeons avec elle sur les réalités des femmes.

Nous insisterons beaucoup sur la notion d’échange qui est très importante dans l’apprentissage. Autrement dit quand nous enseignons/apprenons quelque chose à nos enfants, ne nous contentons pas seulement de dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Mais, prenons le temps de leur expliquer pourquoi.

Une personne qui a intégré le pourquoi de quelque chose non seulement l’assimile mieux mais est aussi capable de prendre de meilleures décisions quand une situation similaire se présente à lui.

Naturellement, l’apprentissage de la jeune fille, en passant par l’adolescente et la jeune femme adulte va graduellement ou progressivement. Les valeurs, ou règles de vie et de conduite sont expliquées en fonction des périodes de leur vie ou leur tranche d’âge.

 

Par contre, nous éviterons…

De faire peser un poids trop important sur nos filles parce que ce sont des filles.

En effet, dans les cultures matriarcales africaines, les femmes sont celles qui sont responsables de l’organisation économique, politique, financière de la communauté mais aussi de celle du foyer. Comme nous l’avons expliqué précédemment, cela va également avec l’importance qu’elles accordent à la femme. C’est parce qu’elles sont considérées comme capables et indispensables qu’autant de responsabilités leur sont attribuées.

Toutefois, et c’est aussi ce qui explique que le matriarcat n’ait pas toujours survécu dans certaines organisations, les femmes peuvent se sentir submergées par le fardeau qui leur incombe.

Veillons donc à ne pas non plus abreuver nos filles de responsabilités, de tâches à accomplir, etc.

D’un autre côté, dans les cultures judéochrétiennes, où le rapport à la femme est très différent. La femme est perçue comme celle par qui le péché originel est entré dans l’humanité : c’est elle qui a donné la pomme à Adam.

Cela explique probablement le fait qu’on attribue généralement à la femme ce qui ne va pas par exemple dans l’éducation des enfants.

Donc rappelons à nos filles le rôle essentiel qu’elles occupent sans pour autant tomber dans l’extrême de les rendre responsables de tous les maux de l’humanité. Ce qui peut même contribuer à baisser l’estime qu’elles pourraient avoir d’elles-même.

 

3/ Apprendre à se construire

Tout enfant a besoin d’identification, cela fait partie du chemin de la construction identitaire.

Dans les premières années de sa vie, ce besoin d’identification se matérialise par le mimétisme de ses parents.

Il s’agit d’une tendance naturelle de l’enfant.

Plus tard, dans l’adolescence, ce processus d’identification passe par les modèles que l’enfant a dans son entourage, les médias.

Cela aura donc une influence sur sa gestuelle, mais aussi sur sa façon de penser, son comportement.

Il est donc tout à fait aisé de comprendre l’importance que les enfants/adolescents soient influencés par des modèles qui véhiculent les valeurs que nous estimons bonnes.

La construction identitaire se fait bien entendu tout au long d’une vie. Mais il y a une période particulièrement importante et structurante. Certains diront qu’elle va jusqu’à l’âge de 7 ans, d’autres 12 ans. Ce que nous retiendrons c’est que c’est pendant l’enfance que l’individu se construit. C’est là aussi qu’il apprend à penser et qu’il assimile. Les processus d‘apprentissage (ou de désapprentissage) sont beaucoup plus complexes passée cette période.

Pour les filles, pendant l’enfance, l’un des éléments qui va jouer un rôle majeur dans sa construction identitaire est un jouet qui est tellement banalisé que nous en oublions souvent son importance : la poupée.

Focus sur les poupées

Les poupées ont vu leur apparition en Égypte antique (donc premièrement en afrique). Elle apparaît plus tard en Occident dans l’Antiquité e

“La poupée n’est pas un jouet comme les autres”. Elle occupe un rôle central dans le processus de développement du jeune enfant. Compagne de jeu, elle est la psyché qui témoigne de son parcours initiatique vers sa compréhension du monde des adultes.

Les poupées permettent aux enfants d’affiner leur perception du monde qui les entoure. Elles leur offrent la possibilité d’étendre le champ restreint de leur perspective du quotidien et de s’extraire peu à peu de la dépendance à l’adulte.”

Extrait de l’article : Étude comportementale des enfants avec leurs poupées

https://www.joueclub.fr/contenu/etude-du-comportement-des-enfants-avec-leurs-poupees.html

 

En résumé, la poupée est un objet d’identification important pour la petite fille!

 

Qu’en estil des filles noires avec leurs poupées?

Le “doll test” est une étude initialement menée dans les années 40 aux Etats-Unis par les psychologues Kenneth Bancroft Clark et Mamie Phipps Clark.

Elle a été reconduite à différentes reprises plus récemment et les résultats ont été les mêmes.

http://www.finalcall.com/artman/publish/National_News_2/New_doll_test_produces_ugly_results_2919.shtml

Le test est simple : présenter à des enfants noirs une poupée blanche et une poupée noire, en leur soumettant quelques questions.

Les résultats présentés ci-dessous sont ceux de 80% environ des enfants

  • Quelle est la poupée la plus jolie? L’enfant désigne la poupée blanche
  • Quelle est la poupée la plus gentille? L’enfant désigne la poupée blanche
  • Quelle est la plus moche? L’enfant désigne la poupée noire
  • Quelle est la poupée la plus méchante? L’enfant désigne la poupée noire
  • Pourquoi la poupée est-elle gentille? Parce qu’elle est blanche
  • Pourquoi la poupée est-elle méchante? Parce qu’elle est noire
  • Quelle poupée te ressemble le plus? L’enfant désigne la poupée noire

(…)

Qu’en déduire?

Au-delà de toutes polémiques, les résultats parlent d’eux-mêmes.

La femme noire (et métis bien entendu autrement dit la femme afrodescendante) a beaucoup de chemin à faire dans le chemin de l’acceptation d’elle-même. Et cela commence par l’enfance. Les dégâts sont souvent beaucoup plus profonds qu’on ne l’imagine! Mais rien n’est une fatalité!

 

Que faire?

Veillons donc à ce que nos filles puissent avoir des modèles qui prônent des valeurs qui leur permettront de construire au mieux leur identité féminine noire.

En panne d’inspiration pour identifier des modèles de femmes noires?

Vous pouvez vous référer à :

  • des célébrités dans le sport
  • des femmes scientifiques connues
  • des femmes militantes noires
  • des écrivaines
  • ou des personnes un peu moins célèbres mais dont le parcours est inspirant

Soyons vigilant à ne pas favoriser la dissonance cognitive! C’est à dire dire quelque chose mais montrer un comportement inverse.

Nous sommes à l’ère du black lives matter, du nappy, du kémitisme, de l’afrocentrisme. Mais, il est étonnant d’entendre le discours parfois très dur des plus militants à l’égard de leurs pairs.

Des phrases telles que : “Voilà pourquoi les noirs ne réussissent pas”, “Les noirs sont toujours pauvres”, “Nos cheveux sont vraiment une malédiction, ils sont trop difficiles à entretenir”, “les noirs sont maudits”, “les noirs sont des escrocs”, “il ne faut pas traiter ou travailler avec un noir”, “le pire ennemi du noir c’est le noir” ….

Encourageons également nos filles à aimer la culture noire, la cuisine noire, la morphologie d’une femme noire.

Puisque nous venons de démontrer l’importance de la poupée dans le processus d’identification, pensons à acheter de belles poupées noires à nos filles.

Pour cela, nous vous recommandons de consulter l’article très bien documenté du blog Frisettes : Où acheter des poupées noires et métisses pour nos enfants?

https://frisettes.wordpress.com/2015/11/25/noel-approche-ou-trouver-la-poupee-noire-ideal-pour-sa-fille/

Il date de cinq ans mais vous donne déjà de belles pistes!

 

Mais évitons aussi…

De nourrir rancœur et amertume.

Ne tombons pas dans l’autre extrême qui est celui de transmettre la haine à nos filles.

La haine n’est jamais constructive.

Ne cherchons pas non plus à créer un complexe de supériorité. En réalité, c’est tout le contraire que nous obtiendrions.

Toute civilisation se bâtit à partir de son histoire. Cela est également vrai à l’échelle individuelle.

Ce n’est pas le temps, la modernité ni mêmes les mélanges culturels qui effaceront l’empreinte de l’histoire, du vécu du peuple noir sur une fille noire ou métissée.

Toutefois, toute faiblesse peut devenir une force mais cela n’est pas possible si nous sommes occupés à la nier. Nous devons d’abord l’admettre, bien la déterminer, prendre du recul pour faire de l’échec une victoire, la souffrance une joie, la frustration un recommencement.

 

 

Voilà! Cela en est tout pour ce premier épisode consacré aux valeurs à inculquer à nos filles. Certaines des notions que nous aborderons dans cette série paraîtront élémentaires pour certain(e)s. Il ne s’agit pas ici d’apporter des révélations mais plutôt de mettre l’accent sur certains principes de vie primordiaux pour des foyers (et des sociétés) équilibré(e)s.

Ce blog a été créé car nous sommes conscientes du rôle primordial qu’ont les femmes pour la survie et l’équilibre de l’humanité.

Nous ne pourrons pas changer le monde en un claquement de doigts mais nous pouvons le faire en multipliant les actions à l’échelle individuelle.

Alors toutes ensembles faisons en sorte que nos filles soient de “meilleures” femmes que celles que nous sommes!

Rendez-vous dans quelques jours pour le prochain épisode de la série dans lequel nous aborderons le sujet de la place de l’homme.

En attendant, nous vous invitons à télécharger sur notre site ma-sista.com la publication : Comment l’école peut nuire à l’estime de soi des enfants afrodescendants

2 thoughts on “Épisode 1 : Respect Yourself

  1. Tres edifiant, nous avions besoin de ce rappel, pour ne pas oublier nos coutumes, particulierement ceux qui vivont en occident avec toutes ses difficultees. Vraiment merci beaucoup pour ce partage.
    Soyez beni.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *